Un mois, un Livre francophone
Abolition de l’esclavage : causerie littéraire à l’approche du 10 mai.
Christiane MATHOS, présidente de l’association Les Amis des Antilles qui organise, depuis 30 ans, le Festival Outre-Mer en Bourgogne (OMB) a sollicité le Centre Francophonie de Bourgogne pour animer une causerie littéraire autour de l’abolition. Puisque 2026 marque le 25ème anniversaire de la loi Taubira qui reconnait la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité en France, l’association souhaitait une rencontre-débat autour de ce thème, cette abomination.
Christiane a choisi elle-même les 3 intervenants et cette soirée a eu lieu, à la belle librairie-café de Montceau-Les-Mines « Deux choses Lune », le samedi 9 mai, de 18h à 19h.
Etaient présents : Corinne ROLLIN, auteure d’une série de livres-mémoire sur Toulon sur Arroux, dont elle est maire depuis cette année, Caroline MUSQUET (Guadeloupe), ex-journaliste et fonctionnaire d’Etat et Raymond JOYEUX, (Guadeloupe), enseignant retraité.
La 1ère partie a été consacrée à un rappel de l’Histoire : la Traite et l‘esclavage aussi bien du fait des Européens que des arabo musulmans, le commerce triangulaire du seul fait de Européens et l’importation d’esclaves aux Amériques, les conditions odieuses de l’esclavage (avec exactions, punitions, exécutions mais aussi les révoltes, les incendies de représailles et la réalité des Marrons), les 60 articles du Code Noir de Colbert (1785). Puis l’émancipation (1793), l’abolition (fév. 1794), supprimée par Napoléon, la création d’Haïti (1804), 1er pays noir indépendant et enfin l’abolition définitive (avril 1848 en France) préparée dans les esprits, par l’Indépendance des Etats Unis, le scandale du navire Zork en Angleterre, la société contre l’esclavage de Lamartine (1834).
Et enfin, cette loi juste, appelée loi Taubira du 10 mai 2001 déclarant officiellement l’esclavage crime contre l’humanité.
C’est à partir de cette loi que Christiane Mathos a ancré le Festival OMB.
Puis la parole, en cette 2ème partie, a été donnée aux invités.
Corinne ROLLIN, par ailleurs membre active du Festival, a publié dans son 1er livre mémoire un fait historique : Toulon sur Arroux, petite ville bourguignonne, est la seule à avoir inscrit, en 1789, dans son cahier de doléances des élus du Tiers-États (1789) des idées abolitionnistes. Il est vrai que le maire de l’époque, un avocat, épousait les valeurs des Lumières.
Caroline MUSQUET (Guadeloupe), dans son essai « Clichés sur les Français d’Outre-Mer » (Caraïbéditions) a rappelé les clichés/préjugés/ à priori. Alors que l’on croit que nos concitoyens d’Outre-Mer ont une vie paradisiaque, Caroline a souligné quelques réalités : la vie chère, le chômage, les inégalités, le record d’obésité, les suicides en hausse et le scandale du chlordécone mais a souligné aussi la solidarité familiale. Concernant les clichés éculés sur les personnes (nonchalants, alcooliques, pas français ? Parlent tous créole, chauds au lit), Caroline a rappelé qu’il y a aussi, des clichés sur les Hexagonaux (grandes oreilles, Ils vivent tous à Paris).
Raymond JOYEUX, romancier et poète, nous a parlé du petit îlot de son enfance, le Grand-îlet, de l’archipel des Saintes, perdu au sud de la Guadeloupe. Lieu où il a situé son personnage, Ti-Auril, dans ce roman rafraichissant : « Ti-Auril, l’enfant sauvage du Grand -îlet » (Caraïbéditions) ; puis il a décrit sa vie parmi sa famille de pêcheurs, sa liberté dans la nature, le désastre des ouragans et son départ pour le collège en Guadeloupe, puis le lycée en Martinique, enfin la France (formations et enseignement) et ses retours au pays qui lui ont inspiré le poème « Je reviens » qu’il nous a lu en fin de séance (in « Domaine privé maritime » (Les ateliers de la Lucarne).
La mémoire comme une levier d’avenir et comme un lien entre les hommes et les femmes…
Merci à Corine, Caroline et Raymond pour ces moments de partage et MERCI à l’amie, Christiane, pour sa ténacité, ses convictions et la réussite de ce Festival qui perdure et rassemble beaucoup de gens.








——————————————————————————————–
Rencontre avec Isabelle Picard (Québec), romancière, lauréate du Prix France-Québec 2025, pour son roman
« Des glaçons comme du verre » (Flammarion-Québec).
Le prix France-Québec, organisé, chaque année, par l’association du même nom, outre l’attribution d’une indemnité financière, organise, ensuite, une mini tournée littéraire dans plusieurs régions françaises.
Isabelle, accompagnée de Marc Martin, délégué national, a fait étape, le mercredi 29 avril, à la médiathèque de Chauffailles (Bourgogne). Rencontre sollicitée et mise en place par Georges PIERRE, Pt de Bourgogne-Québec.
France Mélençon Bourgeat, grande lectrice, transfuge québécoise, qui a choisi de se fixer dans ce coin de Bourgogne, assurait le rôle de modératrice de la rencontre.
Accueil sympathique de Sylvie GUILLAUME, la directrice de la médiathèque et de Merzouk BOUADDOU, bibliothécaire.
« Des glaçons comme du verre », titre québécois, retrace la triste histoire d’une famille Wendate (Huron), la propre famille de l’autrice.
Petit rappel du récit
Henri, le père de famille est Wandat, son épouse, Belle, est une Blanche et leurs faits et gestes sont encadrés par les lois sur les Indiens, avec droit de regard sur leur vie de la part de l’agent des Affaires Indiennes, l’agent Biel, dans le roman.
A la mort de Belle, d’un cancer, Henri, le père de cette famille de 10 enfants voit sa vie s’écrouler. L’administration, via Biel, n’aura cesse de lui retirer ses enfants, les uns après les autres.
Liliane, l’aînée, âgée de 14 ans prend en charge la famille. Alors que le père brisé, sollicite les conseils de ses ancêtres et se réfugie dans l’alcool, Liliane, belle figure humaine, dans le livre, (en fait, la tante de l’autrice), sera toute sa vie le lien fragile mais tenu de cette famille dispersée.
C’est encore Liliane, « la sœur-mère », qui cherchera sans relâche, ce qu’est devenue la petite Claire, l’avant-dernière de la fratrie, littéralement arrachée, en pleurs, à son père et à sa soeur; car on n’a jamais su dans quelle famille elle avait été placée. Liliane retrouvera, non pas Claire, morte en couches, mais sa fille, Marie-Josée.
Un grand livre de l’humain, témoin de lois iniques d’un colonialisme qui ne dit pas son nom…
Mais livre aussi du besoin de « Fouiller les endroits sombres de la mémoire » (Isabelle Picard).
Dans une interview, Isabelle Picard précise : « J’avais besoin de combler des trous. J’avais besoin de savoir… » et elle ajoute, à juste titre, « Connaître son histoire, sa langue, sa spiritualité vient insuffler une force intérieure incomparable chez un peuple » et à travers la langue : « Toute la vision du monde qui est derrière… »
« Des glaçons comme du verre », un livre touchant et sensible. A découvrir.



——————————————————-
Voici un livre essentiel que le Centre Francophonie de Bourgogne (CFB) se devait de présenter.
Mi autobiographie, mi livre d’histoire, mi témoin de Mémoire, « Les Déracinés de la Réunion » (éd. Nouvelles sources) raconte une histoire terrible.
Marie-Germaine PERIGOGNE a été enlevée à ses parents, à l’âge de 3 ans. Comme 2015 autres enfants ou pré-ados, (sans doute davantage), déplacés, transplantés, déracinés, déportés, de 1962 à 1984, vers des départements français peu peuplés comme le Cantal, l’Aveyron, La Creuse, etc… Ces « Enfants de la Creuse » comme on les appelle, ont été les victimes innocentes d’une décision d’Etat, donc légale, initiée par Michel Debré, député de la Réunion.
Nous parents ou grands-parents, peut-on imaginer un instant, le désespoir des parents et le ressenti de ces enfants complétement déboussolés ?….. Mais c’est impensable!
Sous prétexte d’un avenir meilleur, avec la promesse jamais tenue de revenir aux vacances, cette ignominie a pris en otage des jeunes enfants en changeant leur nom et prénom, leur date et lieu de naissance, actes interdits par le législateur…en les rebaptisant même une 2ème fois !!!!! Malheureuse association : un sacrement couvrant une injustice, un déli !
Marie-Germaine, avec un courage exemplaire, non empreint de hauts et de bas, a mené un combat difficile avec beaucoup d’autres dont elle su et dû entourer. Elle préside actuellement la FEDD (Fédération des Enfants déracines des départements et Régions d’Outre-mer).
Il faut lire, acheter, faire acheter « Les Déracines de la Réunion ».
Le CFB accueillera en Bourgogne, les 27 et 28 mai prochain, Marie-Germaine et nous lui donnerons la parole. Et nul ne sera insensible à ces tristes et incroyables récits de vie.
Voici en avant-première, quelques extraits de ce livre témoignage : « La vie est éphémère…un chemin parsemé d’embûches et jalonné de drames. Je suis sur le chemin de la résilience après ce traumatisme effroyable, celui d’une enfant maltraitée, abusée, devenue une adulte forte et faible à la fois » (p.281). Et plus loin : « J’existe, j’aime, je vis, je me bats, je tombe et me relève » (p.286).
Un bel exemple de courage, de ténacité, à dimension humaine, que le CFB aura l’honneur d’écouter et de soutenir.


———————————–
Le Centre Francophonie de Bourgogne (CFB) a découvert et beaucoup apprécié :
« Vertiges d’années-lumière » (L’Harmattan) de Pauline MICHEL, autrice, poète québécoise.
Voici un recueil poétique de belle facture, aux métaphores frappantes, au vocabulaire étendu et précis. Un plaisir de lecture
Petite présentation d’un court florilège comme un avant-goût
Dans « Mutations » (p.13)
Mon corps-écorce ride
Se détache lentement
De la beauté du visible
Dans « Contemplation » (p.22)
Du couchant à l’aube
La perception vague de l’éternité
Panse les blessures ………..
Des passagers de l’existence
Dans « Solitude » (p.25) comme une nostalgie…
Obscure demeure du temps
Qui passe sans moi
Dans « Pas incertains » (p.38)
Qui sait quoi de nous …….
Dans l’angoisse
De l’imprévisible
Qui nous dit quoi ………….
Devant l’horreur ou la splendeur
Qui nous dira
Si nous sommes le tout ou le rien …
Comment savoir
Si l’espoir est infirmité….
Si vivre vaut mieux que mourir
Dans « Feux fuyants » (p.41), tout en allitération
Ce qui fut
Fuit
Ce qui fait feu
Flambe et s’éteint
Pourtant
Parfois
Ce qui fut
Demeure
Ce qui fait feu
Flamboie et embrasse
Et enfin dans « Aspiration » (p.78)
Oser
Un seul instant
Le vertige ………
De voir les autres en moi
Sans brouiller leur image
Ni oblitérer la mienne
Ne pas habiter seule mon miroir
Pauline MICHEL, en poète de talent, tutoie l’indicible, se complaint dans les mots contraires, multiplie les infinitifs, comme une fuite en avant hésitante, entre incertitude, fragilité et vertige.
Empreints d’humanité, ces textes ciselés, tentent de chercher un sens à notre vie éphémère.
En fin de compte, nous sommes-nous pas, bien que trop souvent au firmament de soi ou en iridescence du moi, insignifiante poussière dans l’immensité des années-lumière….


Le Centre Francophonie a lu et apprécié :


Je ne trouverai pas deux fois dans ce même corps / Kettly Mars
(Mémoire d’encrier )
Zi est une femme de 40 ans à peu près, galériste comme sa mère, entretenue par un homme, un industriel (américain ou haïtien) (américain ou haïtien) qui vit à New York ; l’Autre dans le roman.
Zi a deux jumeaux, la prunelle de ses yeux. Sa maison est tenue par Myriam, au grand cœur, une handicapée (polyio) qui retourne chaque soir dans son quartier pauvre.
Sur fond d’insécurité permanente, d’instabilité et d’incurie politiques, Zi, comme tous les Haïtiens, s’interroge sur son avenir.
Mais un amour foudroyant et réciproque avec un médecin belge d’une ONG, balaie tout. Un amour passion, un amour ravage ; hormis ses jumeaux et sa galerie, rien ne compte.
Même les recommandations de prudence de son amie, la sénatrice, défenseuse des Droits des femmes et soutien du gouvernement ne changeront rien. Sénatrice par ailleurs engluée dans une accusation d’homosexualité avérée.
Zi néanmoins lucide, voit bien l’impasse où elle se trouve. Mais elle veut vivre ce moment dans sa plénitude, peut-être un dérivatif à leur vie d’impasse !!
Elle se dit que ce ne sera qu’un moment car la séparation est proche. Le délégué belge va repartir dans son pays. Après, après, l’Autre qui aime ses jumeaux qui lui rendent bien et qui connait cette relation, restera-t-il attachée ? L’Autre quittera -t-il Haïti pour installer son usine à St Domingue ave cette 2ème famille ?
—————————————————–


Aussi étrange que toi, Frida / Christine Gosselin
(Mémoire d’encrier)
Voici un roman fort qui catapulte sur le lecteur, qui ne s’y attend pas : violence, souffrance, révolte et vers la fin du roman, une lueur d’espoir.
L’auteure/trice, Christine GOSSELIN, se sert de la vie en souffrance de Frida KAHLO, l’artiste mexicaine, à laquelle elle semble s’identifier, comme fil rouge.
Dans son parcours de douleur, de doute, sous le regard de la société, Chrisine GOSSELIN fait aussi référence à Annie ERNAUD, Nelly ARCAN (Québec), écrivaine, (qui se suicide à 36 ans), Demi Moore et même Gisèle PELICOT.
Ce que veut signifier Christine, c’est que les sociétés appuient de tout leur poids sur les femmes : traditions, patriarcat, religions, régimes autoritaires, toujours tentés, même de nos jours, de décider du corps et de la liberté des femmes.
En suivant les heurs et malheurs de Frida Kahlo, Christine revit les mêmes incertitudes intimes : Puis-je encore donner la vie ? Et si le corps ne le peut pas/plus, serais-je heureuse ? Que diront les autres (famille, amis, conjoint) ? Ya -t-il un bonheur pour celles qui ne peuvent ou veulent être mères ? A-t-on le droit de choisir de ne pas enfanter ?
Un roman puissant fait de chair, de sang, de chirurgie, de douleurs, d’interrogations et de la recherche aléatoire du bonheur.
Il faut lire « Aussi étrange que toi, Frida ». Un roman prise de conscience.
————————————————————-

TOUISA / Halima HAMDANE (France/Maroc)
(édition Al Manar)
C’est un roman hybride que nous offre la talentueuse conteuse d’origine marocaine, Halima Hamdane.
Touisa, c’est en fait la soirée hebdomadaire, généralement le dimanche soir, des gardiens -pauvres et exploités- des villas luxueuses. Touisa, un rendez-vous incontournable autour d’un repas où les gardiens font le point ou se querellent.
Halima nous présente cinq gardiens, cinq vies souvent de misère, cinq parcours différents avec pour l’un deux, Mostafa, un séjour en France qu’il enjolive en contradiction avec la vie compliquée qu’il a vécue.
L’auteure associe la vie de ces gardiens à celles des occupants, surtout la villa de Jacques qui a dû repartir en France, que deux femmes viennent de louer. Dans cette villa, sur un mur dans une pièce, est fixé le portrait d’un homme qui interpelle Abdou, le gardien. Portrait ressemblant étrangement à celui de son père, disparu, et dont sa famille marocaine lui a remis, une photographie vieillie. Un mystère : Et si c’était bien mon père et pourquoi dans cette villa ?
Dans ce roman, Halima en profite pour jeter un regard lucide sur la société marocaine : le patriarcat, la situation des femmes, l’immigration (la vie déchirée de Mostafa, un des gardiens) et l’écart entre les riches et les pauvres, la majorité.
En réalité, ces récits de vie se transforment en contes, sortes de paraboles à caractère moral ; car Halima y plante, à chaque situation, une histoire qui, comme dans les fables de La Fontaine, se termine par une morale, façon de prendre de la hauteur face aux fâcheries de la vie, sur le chemin difficile de la sagesse.
Roman agréable et instructif qui, comme dans de nombreux contes, se construit par enchâssement. Un plaisir de lecture.


——————————————————-

La cuisinière du Kaiser / Armel JOB (Belgique)
(Robert Laffont)
Le romancier belge, Armel JOB, fin psychologue et auteur de romans policiers de grande maitrise, nous livre avec « La cuisinière du Kaiser », une saga familiale, insérée dans un pan de l’histoire européenne, côté Belgique, fin 19ème siècle, début 20éme siècle.
Comme à chaque titre, Armel JOB charpente son récit autour d’une figure féminine marquante. Ici, c’est Magda, l’arrière- grand-mère de l’auteur.
Dans un récit précis, détaillé et méticuleux, Armel JOB, nous plonge dans une famille où la petite histoire familiale est malmenée par l’Histoire, la grande, en l’occurrence, le conflit d’une partie de l’Europe et l’Allemagne ( La Prusse), puissante à cette époque puisqu’elle vient de vaincre et ridiculiser l’empereur des Français, Napoléon III, à Sedan en 1870.
Propriétaire du Grand Hôtel des Ardennes, bien en vue, Magda et Victor, son époux, reçoivent une clientèle aisée, dont des touristes allemands.
Magda originaire d’une province belge germanophone comprend la langue et entre facilement en contact avec ses clients allemands.
Si l’infidélité de Magda dissout le couple, les troupes allemandes passant par la Belgique en 1914, pour contourner la défense française, causent un drame familial qui affectera Magda et déterminera tout son comportement par la suite.
C’est ce récit sensible et douloureux que nous narre Armel Job, un pan de son histoire familiale éloignée.
Un bon roman.
——————————————-
Remarques du CFB.
Le CFB a invité par deux fois Armel JOB en tournée littéraire en Bourgogne du Sud. La plupart de ses ouvrages, policiers ou non, sont disponibles au fonds francophone (BM de Le Breuil). Armel JOB est assurément l’un des romanciers majeurs de la littérature belge contemporaine d’expression française.
Ses romans policiers sont de petits bijoux d’art littéraire. Les personnages, toujours des points forts, sont décrits avec minutie, physiquement et psychologiquement ; le récit truffé de fausses pistes, doublé d’un état des lieux précis (Liège ou ses environs), souvent inséré dans un cadre historique de la Belgique ou abordant des sujets de société. Lire un roman d’Armel JOB, c’est se condamner à ne plus le lâcher jusqu’à son terme.
Voici quelques titres : policiers : « Baigneuse nue sur un rocher », « Le meurtre du DR Vanloo », « Loin des mosquées », « Tu ne jugeras point ».
Romans de société ou historiques : « Dans la gueule de la bête », « En son absence ». (Edition Robert Laffont).
—————————————
Issu une famille modeste, Armel JOB s’imprègne de l’ancienne culture wallonne. Son père fut matelassier ambulant puis marchand grainetier.
licencié-agrégé de philologie classique de l’université de Liège, Armel enseigne le grec et le latin pendant vingt ans, devient directeur de son école avant de quitter l’enseignement pour l’écriture.

————————————————————–

La Rencontre / Yveline RICHARD
(Le Creusot/France)
(édition Encretoile)

Rafaîchissante histoire d’amitié entre un enfant handicapé, bloqué sur son fauteuil et un agile corbeau tout attentionné.
Télescopage aussi entre le regard de la société sur ce volatile jugé dangereux -n’est-il pas noir et fossoyeur ? appelé ici « saloizô » par la maman inquiète et cette amitié réconfortante qui s’installe dans ce récit.
« Saloizô » est en réalité, « petit roi » pour ses parents. Orgueilleux, prétentieux, méprisant pour les autres ; seul, Vieux CO, le chef de la communauté des corbeaux lui laisse sa chance.
Il faut à « saloizô », l’image du petit Théo, coincé dans son fauteuil, l’attitude bienveillante de Max, son frère, le regard affectueux de Béatrice, la maman et surtout, ce petit lapin bleu en peluche qui tombe sans cesse, pour attendrir « Saloizô »/«petit roi ».
C’est une belle histoire qui met à mal les préjugés, les raccourcis et qui montre qu’une rencontre sans arrière-pensée peut avoir lieu entre des êtres différents.
Yveline demeure en Bourgogne ; ancienne directrice d’école maternelle et conseillère pédagogique, elle a aussi publié des ouvrages jeunesse aux éditions Yambow El Kitab (Maroc). Pays où elle intervient pour des formations professionnelles.
——————————-

Passagères de nuit / Yanick LAHENS (Haïti)
(ed.Sabine Wespieser)

Stupéfiant, ce beau et grand roman « Passagères de nuit » (Sabine Wespieser) de Yanick LAHENS (Haïti).
Beau par le style travaillé, et grand par ce fil historique qui relie les affres du passé à la lutte silencieuse de ces deux femmes.
Un fois le livre, en deux parties, refermé, une image s’impose au lecteur. Une sorte de halo lunaire, comme si ce récit se déroulait au milieu d’une lune gibeuse.
Et de cette semi obscurité surgit deux figures de femmes : Elisabeth et Régina, deux résistantes silencieuses et déterminées.
« Passagères de nuit » est une métaphore, en image triple : le sort de ces femmes, souvent abusées, dans les cales sombres des bateaux négriers, Haïti malmené par le destin violent, depuis des siècles et enfin, la vie des femmes noires ou métisses au sein des sociétés esclavagistes ou post esclavagistes.
Malgré tout, des halos d’espoir. Une résistance silencieusement opiniâtre et le désir chevillé au corps de ne jamais se soumettre au désir d’un homme.
Comme soutiens : « le mouchoir-ciel », sorte de protection symbolique à laquelle on croit et l’attachement aux forces invisibles, mais salvatrices du Vaudou, comme des potomitan, dans un présent sombre.
Il faut lire et relire « Passagères de nuit » où le style, l’histoire et les mots forment cette image de halo.
Deux femmes en lutte silencieuse qui s’émancipent « entre ciel et eau, force et foi » (p.119). Un plaisir de littérature
Citations
(p.212) Le courage des vaincus prend racine dans l’invisible, l’humide, le noir de la terre. Ma vie entière a été un pied de nez aux vainqueurs.
———————————–

Trans Humances/
Bilguissa DIALLO (GUINEE)
(Elyzad)
Le Centre Francophonie de Bourgogne (CFB) a lu et aimé : Trans-Humances (Elyzad) de Bilguissa DIALLO (Guinée/France/USA)
Roman bien écrit, regard lucide sur une certaine réalité africaine, juste analyse de la place de la jeunesse en Guinée et sans doute, dans une grande partie de l’Afrique.
Le récit
Des jeunes, étudiants ou jeunes salariés, se rassemblent pour aller au stade de la capitale, manifester contre l’armée qui risque de garder le pouvoir.
Adama, Lamine, Awa, Dalanda, entre autres, s’y rendent déterminés à changer les choses…
L’ambiance est à la contestation, électrique et l’innommable se produit. Des militaires ciblent les manifestants, tirent sur la foule, matraquent à l’aveugle, en embarquent certains, violent impunément, jeunes filles et jeunes femmes.
Dès lors, l’auteure nous entraine au sein de cette jeunesse. Certains fuient à l’étranger comme Adama à Dakar, d’autres comme Awa se marieront et émigreront en France. D’autres, blessées et marquées à vie par le viol, comme Dalanda, vivoteront, portant leur mal-être.
Ce roman nous plonge, au coeur des familles, en Guinée, mais aussi chez les Guinéens de la diaspora, comme les Barry, à St Gratien (Val d’Oise-France).
On assiste à un va-et-vient entre là-bas et ici, en Europe. On relève les différences selon les générations, l’attachement aux coutumes chez les parents ou grands-parents, peut-être une nostalgie, une aide, une attache, pour mieux vivre et une tout autre vision du monde pour la jeune génération qui reste néanmoins respectueuse des anciens.
On voit avec bonheur une jeunesse active, compétente, dynamique qui se case comme elle peut mais qui avance.
On reste pantois devant l’image d’un pays figé, victime de ses convulsions politiques, des viles ambitions intéressées de certains hommes politiques, au retour à l’autoritarisme voire à la dictature.
Bilguissa DIALLO, l’auteure, nous montre des filles battantes (Awa, Djeyna), sans doute à son image, entreprenantes, malgré les blessures du passé, sans oublier qui elles sont et d’où elles viennent.
Roman utile qui nous ouvre les yeux sur une réalité contemporaine, sur des faits historiques marquants et condamnables, en l’occurrence ici, la journée du 28 septembre 2009, où sont morts ou marqués à vie pour leur liberté, un grand nombre de jeunes, l’espoir d’une nation.
Un bon roman où l’humain est au cœur du récit.

—————————————

Brown Baby /Fabienne JONCA (Île de la Réunion/Catalogne)
(Atelier des Nomades)
Le Centre Francophonie de Bourgogne (CFB) a lu et bcp apprécié ce roman riche et rafraichissant.
Le lecteur est plongé, d’emblée, dans un bain de culture. Chaque chapitre commence par le titre d’une œuvre d’un romancier/ière, musicien ou peintre.
Et magique, l’auteure nous fait rencontrer une multitude d’artistes maintenant connus, dans un Paris cosmopolite des années 1950. Il semble que l’humanité entière y ait dépêché l’un des leurs !
Le récit
Charly, un trompettiste Noir américain a choisi Paris pour exercer, en toute liberté son art, alors à la mode en Europe, et aussi pour fuir avec sa famille (Rosa, sa femme et Sam, son jeune fils), l’apartheid meurtrier américain.
Sam, le fil rouge du roman, nous entrainera tout au long du récit : sa scolarité, sous la protection bienveillante d’un instituteur, la pauvreté de sa famille, la solidarité des petites gens de toutes origines, l’amitié, l’amour, dans une France à genoux, en reconstruction. Le racisme au quotidien, son envol à la vie, ses drames, sa passion pour l’art et évolueront autour de lui : Nino et ses parents, Grada et Antonio, Marie, Albert, Jean (anglaise), Ingrid, Ludwig.
Mais lancinant tout au long de ce roman, la question qui taraude Sam : Qui suis-je ? En comparant au quotidien, la couleur de peau de ses parents et de sa sœur née à Paris et la sienne, lui, l’enfant « Brown ».
Les soubresauts de l’Histoire nous en donneront la réponse. Passionnant.
Brown Baby, un roman humainement et culturellement riche.
——————————
Contactez-nous
Nos informations
©2024 par UniTC Business
© 2024 par UNITC Business.