Un mois, un livre francophone
Le Centre Francophonie a lu et apprécié :
TOUISA (édition Al Manar) de Halima HAMDANE (France/Maroc)
C’est un roman hybride que nous offre la talentueuse conteuse d’origine marocaine, Halima Hamdane.
Touisa, c’est en fait la soirée hebdomadaire, généralement le dimanche soir, des gardiens -pauvres et exploités- des villas luxueuses. Touisa, un rendez-vous incontournable autour d’un repas où les gardiens font le point ou se querellent.
Halima nous présente cinq gardiens, cinq vies souvent de misère, cinq parcours différents avec pour l’un deux, Mostafa, un séjour en France qu’il enjolive en contradiction avec la vie compliquée qu’il a vécue.
L’auteure associe la vie de ces gardiens à celles des occupants, surtout la villa de Jacques qui a dû repartir en France, que deux femmes viennent de louer. Dans cette villa, sur un mur dans une pièce, est fixé le portrait d’un homme qui interpelle Abdou, le gardien, Abdou. Portrait ressemblant étrangement à celui de son père, disparu, et dont sa famille marocaine lui a remis, une photographie vieillie. Un mystère : Et si c’était bien mon père et pourquoi dans cette villa?
Dans ce roman, Halima en profite pour jeter un regard lucide sur la société marocaine : le patriarcat, la situation des femmes, l’immigration (la vie déchirée de Mostafa, un des gardiens) et l’écart entre les riches et les pauvres, la majorité.
En réalité, ces récits de vie se transforment en contes, sortes de paraboles à caractère moral ; car Halima y plante, à chaque situation, une histoire qui, comme dans les fables de La Fontaine, se termine par une morale, façon de prendre de la hauteur face aux fâcheries de la vie, sur le chemin difficile de la sagesse.
Roman agréable et instructif qui, comme dans de nombreux contes, se construit par enchâssement. Un plaisir de lecture.



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Le Centre Francophonie de Bourgogne a le plaisir de présenter : La cuisinière du Kaiser (Robert Laffont) d’Armel JOB (Belgique)
Le romancier belge, Armel JOB, fin psychologue et auteur de romans de policiers de grande maitrise, nous livre avec « La cuisinière du Kaiser », une saga familiale, insérée dans un pan de l’histoire européenne, côté Belgique, fin 19ème siècle, début 20éme siècle.
Comme à chaque titre, Armel JOB charpente son récit autour d’une figure féminine marquante, ici, c’est Magda, l’arrière- grand-mère de l’auteur.
Dans un récit précis, détaillé et méticuleux, Armel JOB, nous plonge dans une famille où la petite histoire familiale est malmenée par l’Histoire, la grande, en l’occurrence, le conflit d’une partie de l’Europe et l’Allemagne ( La Prusse), puissante à cette époque puisqu’elle vient de vaincre et ridiculiser l’empereur des Français, Napoléon III, à Sedan en 1870.
Propriétaire du Grand Hôtel des Ardennes, bien en vue, Magda et Victor, son époux, reçoivent une clientèle aisée, dont des touristes allemands.
Magda originaire d’une province belge germanophone comprend la langue et entre facilement en contact avec ses clients allemands.
Si l’infidélité de Magda dissout le couple, les troupes allemandes passant par la Belgique en 1914, pour contourner la défense française, causent un drame familial qui affectera Magda et déterminera tout son comportement par la suite.
C’est ce récit sensible et douloureux que nous narre Armel Job, un pan de son histoire familiale éloignée.
Un bon roman.
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Remarques du CFB.
Le CFB a invité par deux fois Armel JOB en tournée littéraire en Bourgogne du Sud. La plupart de ses ouvrages, policiers ou non, sont disponibles au fonds francophone (BM de Le Breuil). Armel JOB est assurément l’un des romanciers majeurs de la littérature belge contemporaine d’expression française.
Ses romans policiers sont de petits bijoux d’art littéraire. Les personnages, toujours des points forts, sont décrits avec minutie, physiquement et psychologiquement ; le récit truffé de fausses pistes, doublé d’un état des lieux précis (Liège ou ses environs), souvent inséré dans un cadre historique de la Belgique ou abordant des sujets de société. Lire un roman d’Armel JOB, c’est se condamner à ne plus le lâcher jusqu’à son terme.
Voici quelques titres : policiers : « Baigneuse nue sur un rocher », « Le meurtre du DR Vanloo », « Loin des mosquées », « Tu ne jugeras point ».
Romans de société ou historiques : « Dans la gueule de la bête », « En son absence ». (Edition Robert Laffont).
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Issu une famille modeste, Armel JOB s’imprègne de l’ancienne culture wallonne. Son père fut matelassier ambulant puis marchand grainetier.
licencié-agrégé de philologie classique de l’université de Liège, Armel enseigne le grec et le latin pendant vingt ans, devient directeur de son école avant de quitter l’enseignement pour l’écriture.


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La Rencontre (édition Encretoile) de Yveline RICHARD (Le Creusot/France)


Rafaîchissante histoire d’amitié entre un enfant handicapé, bloqué sur son fauteuil et un agile corbeau tout attentionné.
Télescopage aussi entre le regard de la société sur ce volatile jugé dangereux -n’est-il pas noir et fossoyeur ? appelé ici « saloizô » par la maman inquiète et cette amitié réconfortante qui s’installe dans ce récit.
« Saloizô » est en réalité, « petit roi » pour ses parents. Orgueilleux, prétentieux, méprisant pour les autres ; seul, Vieux CO, le chef de la communauté des corbeaux lui laisse sa chance.
Il faut à « saloizô », l’image du petit Théo, coincé dans son fauteuil, l’attitude bienveillante de Max, son frère, le regard affectueux de Béatrice, la maman et surtout, ce petit lapin bleu en peluche qui tombe sans cesse, pour attendrir « Saloizô »/«petit roi ».
C’est une belle histoire qui met à mal les préjugés, les raccourcis et qui montre qu’une rencontre sans arrière-pensée peut avoir lieu entre des êtres différents.
Yveline demeure en Bourgogne ; ancienne directrice d’école maternelle et conseillère pédagogique, elle a aussi publié des ouvrages jeunesse aux éditions Yambow El Kitab (Maroc). Pays où elle intervient pour des formations professionnelles.
« Passagères de nuit » Sabine Wespieser de Yanick LAHENS (Haïti)


Stupéfiant, ce beau et grand roman « Passagères de nuit » (Sabine Wespieser) de Yanick LAHENS (Haïti).
Beau par le style travaillé, et grand par ce fil historique qui relie les affres du passé à la lutte silencieuse de ces deux femmes.
Un fois le livre, en deux parties, refermé, une image s’impose au lecteur. Une sorte de halo lunaire, comme si ce récit se déroulait au milieu d’une lune gibeuse.
Et de cette semi obscurité surgit deux figures de femmes : Elisabeth et Régina, deux résistantes silencieuses et déterminées.
« Passagères de nuit » est une métaphore, en image triple : le sort de ces femmes, souvent abusées, dans les cales sombres des bateaux négriers, Haïti malmené par le destin violent, depuis des siècles et enfin, la vie des femmes noires ou métisses au sein des sociétés esclavagistes ou post esclavagistes.
Malgré tout, des halos d’espoir. Une résistance silencieusement opiniâtre et le désir chevillé au corps de ne jamais se soumettre au désir d’un homme.
Comme soutiens : « le mouchoir-ciel », sorte de protection symbolique à laquelle on croit et l’attachement aux forces invisibles, mais salvatrices du Vaudou, comme des potomitan, dans un présent sombre.
Il faut lire et relire « Passagères de nuit » où le style, l’histoire et les mots forment cette image de halo.
Deux femmes en lutte silencieuse qui s’émancipent « entre ciel et eau, force et foi » (p.119). Un plaisir de littérature
Citations
(p.212) Le courage des vaincus prend racine dans l’invisible, l’humide, le noir de la terre. Ma vie entière a été un pied de nez aux vainqueurs.
Trans-Humances (Elyzad) de Bilguissa DIALLO (GUINEE)
Le Centre Francophonie de Bourgogne (CFB) a lu et aimé : Trans-Humances (Elyzad) de Bilguissa DIALLO (Guinée/France/USA)
Roman bien écrit, regard lucide sur une certaine réalité africaine, juste analyse de la place de la jeunesse en Guinée et sans doute, dans une grande partie de l’Afrique.
Le récit
Des jeunes, étudiants ou jeunes salariés, se rassemblent pour aller au stade de la capitale, manifester contre l’armée qui risque de garder le pouvoir.
Adama, Lamine, Awa, Dalanda, entre autres, s’y rendent déterminés à changer les choses…
L’ambiance est à la contestation, électrique et l’innommable se produit. Des militaires ciblent les manifestants, tirent sur la foule, matraquent à l’aveugle, en embarquent certains, violent impunément, jeunes filles et jeunes femmes.
Dès lors, l’auteure nous entraine au sein de cette jeunesse. Certains fuient à l’étranger comme Adama à Dakar, d’autres comme Awa se marieront et émigreront en France. D’autres, blessées et marquées à vie par le viol, comme Dalanda, vivoteront, portant leur mal-être.
Ce roman nous plonge, au coeur des familles, en Guinée, mais aussi chez les Guinéens de la diaspora, comme les Barry, à St Gratien (Val d’Oise-France).
On assiste à un va-et-vient entre là-bas et ici, en Europe. On relève les différences selon les générations, l’attachement aux coutumes chez les parents ou grands-parents, peut-être une nostalgie, une aide, une attache, pour mieux vivre et une tout autre vision du monde pour la jeune génération qui reste néanmoins respectueuse des anciens.
On voit avec bonheur une jeunesse active, compétente, dynamique qui se case comme elle peut mais qui avance.
On reste pantois devant l’image d’un pays figé, victime de ses convulsions politiques, des viles ambitions intéressées de certains hommes politiques, au retour à l’autoritarisme voire à la dictature.
Bilguissa DIALLO, l’auteure, nous montre des filles battantes (Awa, Djeyna), sans doute à son image, entreprenantes, malgré les blessures du passé, sans oublier qui elles sont et d’où elles viennent.
Roman utile qui nous ouvre les yeux sur une réalité contemporaine, sur des faits historiques marquants et condamnables, en l’occurrence ici, la journée du 28 septembre 2009, où sont morts ou marqués à vie pour leur liberté, un grand nombre de jeunes, l’espoir d’une nation.
Un bon roman où l’humain est au cœur du récit.


Brown Baby (Atelier des Nomades) de Fabienne JONCA (Île de la Réunion/Catalogne)
Le Centre Francophonie de Bourgogne (CFB) a lu et bcp apprécié ce roman riche et rafraichissant.

Le lecteur est plongé, d’emblée, dans un bain de culture. Chaque chapitre commence par le titre d’une œuvre d’un romancier/ière, musicien ou peintre.
Et magique, l’auteure nous fait rencontrer une multitude d’artistes maintenant connus, dans un Paris cosmopolite des années 1950. Il semble que l’humanité entière y ait dépêché l’un des leurs !
Le récit
Charly, un trompettiste Noir américain a choisi Paris pour exercer, en toute liberté son art, alors à la mode en Europe, et aussi pour fuir avec sa famille (Rosa, sa femme et Sam, son jeune fils), l’apartheid meurtrier américain.
Sam, le fil rouge du roman, nous entrainera tout au long du récit : sa scolarité, sous la protection bienveillante d’un instituteur, la pauvreté de sa famille, la solidarité des petites gens de toutes origines, l’amitié, l’amour, dans une France à genoux, en reconstruction. Le racisme au quotidien, son envol à la vie, ses drames, sa passion pour l’art et évolueront autour de lui : Nino et ses parents, Grada et Antonio, Marie, Albert, Jean (anglaise), Ingrid, Ludwig.
Mais lancinant tout au long de ce roman, la question qui taraude Sam : Qui suis-je ? En comparant au quotidien, la couleur de peau de ses parents et de sa sœur née à Paris et la sienne, lui, l’enfant « Brown ».
Les soubresauts de l’Histoire nous en donneront la réponse. Passionnant.
Brown Baby, un roman humainement et culturellement riche.
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